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Les Passions de Hume: amour et beauté

Dans la même série: Les Passions de Hume

Le sexe n’est pas seulement l’objet de l’appétit [l’appétit de génération]; il en est aussi la cause. Ce n’est pas seulement quand nous sommes poussés par son appétit que nous nous tournons vers lui: il suffit d’y réfléchir pour exciter cet appétit. Toutefois, comme cette cause perd de sa force par sa trop grande fréquence, il est nécessaire qu’une nouvelle impulsion vienne l’accélérer: nous trouvons que cette impulsion provient de la beauté de la personne; c’est-à-dire d’une double relation d’impressions et d’idées.

David Hume, Traité de la nature humaine, livre II, partie II, section XI

Il ne suffit pas de vouloir coucher avec une autre personne pour être épris d’une passion amoureuse (l’envie de coucher n’est pas suffisamment fiable ni durable). Il est une condition nécessaire, pour être amoureux·se: celle de la beauté. C’est la colle qui permet de lier les conditions amoureuses (la tendresse et le sexe):

La tendresse ou l’estime et l’appétit de génération sont trop éloignés pour s’unir aisément l’un à l’autre. La première est peut-être la passion la plus subtile de l’âme; la seconde, la plus grossière et la plus vulgaire. L’amour de la beauté, placé dans un juste milieu entre elles, participe à la nature de l’une et de l’autre. De là son aptitude singulière à produire les deux autres.

C’est donc la beauté qui est la véritable cause de la passion amoureuse. Ce qui est beau nous plaît, a fortiori lorsque cela concerne la passion suprême (la passion amoureuse).

Hume n’est guère spécifique par ce qu’il entend par «beauté» (comme il ne le fait pas pour l’amour).

Il va de soi qu’il ne s’arrête pas à la beauté cosmétique, et que chacun·e peut imaginer plusieurs formes de beautés qui lui plaisent. Ce qui est beau relève pour une personne d’un pur sentiment intérieur, subjectif. On trouve quelque chose beau ou on ne trouve pas beau, ce n’est pas un choix de la rationalité.

Hume nous invite donc à simplement demeurer à l’affût de nos sens, de nos sentiments, puisque la raison n’a pratiquement aucun pouvoir sur ce terrain. Quelle forme de beauté éveillera en soi la passion amoureuse, cela appartient à chacun·e.

(Hume nous en dit quelque chose: la richesse, par exemple, produit naturellement des impressions agréables, si bien qu’elle permettra possiblement de concourir à l’estime de l’autre pour soi.)