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Les Passions de Hume: jalousie

Dans la même série: Les Passions de Hume

L’envie est suscitée par quelque supériorité d’autrui. On notera toutefois que ce n’est pas la grande disproportion de lui à moi qui suscite cette passion; c’est, au contraire, notre proximité. Une grande disproportion interrompt la relation des idées: soit en empêchant de nous comparer avec ce qui nous est éloigné, soit en diminuant les effets de la comparaison.

David Hume, Dissertations sur les passions, section IV, §5

Ce n’est pas tant la différence de cette supériorité de l’autre qui suscite l’envie, dit Hume, que la proximité. C’est en regard de la relation au moi (l’orgueil, fondamental chez Hume): deux partis convoitent la même chose, le même objet, la même personne. En quoi cette chose risque de ne plus m’appartenir? Comment la relation de cette chose peut glisser de vers le moi à vers quelqu’un·e d’autre?

On se compare surtout à celles et ceux qui nous ressemblent:

Un poète ne saurait envier un philosophe; ni même un poète d’un genre différent du sien, d’une nation ou d’une ou d’une époque différente de la sienne. Toutes ces différences, qui n’empêchent pas la comparaison, l’affaiblissent néanmoins et, par conséquent, avec elle, la passion.

Un comptable aura beau avoir un compte en banque largement plus rempli que celui d’un poète ou d’un philosophe, ces personnes sont si éloignées que la première ne susciterait pas de grande envie chez les secondes.

Cependant, deux poètes ou deux philosophes de statut similaire risquent d’être beaucoup plus facilement jaloux l’un de l’autre, en raison de leur proximité. La supériorité ne suscite la passion d’envie que chez une personne proche de soi, avec laquelle on peut se comparer (chose risquée, car fragile).