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Les Passions de Hume: amour, mépris et contrariété

Dans la même série: Les Passions de Hume

Si les hommes fiers sont, plus que les autres, meurtris par le mépris, encore qu’ils n’y accordent pas facilement de crédit, c’est à cause de l’opposition entre la passion qui leur est naturelle et celle qu’ils ont reçue par sympathie. Vous mécontenterez de la même façon un amoureux éperdu si vous blâmez et condamnez son amour; il est toutefois évident que votre opposition ne peut faire son effet que par son emprise sur lui et par vos relations de sympathie. S’il vous méprise ou s’il s’aperçoit que vous plaisantez, tout ce que vous pouvez dire perd son effet sur lui.

David Hume, Traité de la nature humaine, livre II, partie I, section XI

Dans ce passage, Hume prend l’exemple d’une personne fièrement amoureuse qui est affectée de la contrariété suprême: la dénégation de son amour.

Il est à nouveau question de haine, cette passion dont le mépris est une manifestation particulière.

La transition de l’amour vers la haine s’effectue ainsi aisément, naturellement dans le système de Hume: la passion (agréable) de l’amour se transforme soudainement en passion (désagréable) d’humilité, puisque l’objet de la passion amoureuse (l’autre) ne se rapporte plus au moi. Comme la cause de ce sentiment pénible est une autre personne (l’aimé·e lui refuse son amour), le sentiment d’humilité glisse vers celui de la haine (il faut quelqu’un·e à blâmer).

Bémol cependant: l’opinion d’une personne méprisée (ou encore qui rigole de nous) n’importera pas à l’aimant·e contrarié·e. Pour parler avec l’amoureux·euse contrarié·e, il faut:

  1. lui parler sérieusement;
  2. lui être sympathique.

Sans quoi, la personne éprise de passion ne sera guère réceptive.