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Les Passions de Hume: débordement

Dans la même série: Les Passions de Hume

Les passions sont changeantes: on peut passer assez aisément d’une passion à une autre, selon qu’on change la relation ou l’objet de la relation. Elles ont aussi tendance à déborder:

Si donc une double relation d’impressions et d’idées est capable de produire une transition d’un objet à l’autre, une identité des impressions jointe à une relation des idées le peut a fortiori. Ainsi trouvons-nous, quand nous aimons ou détestons une personne, que ces passions s’en tiennent rarement à leurs premières limites; elles s’étendent à tous les objets contigus englobant les amis et les parents de celui que nous aimons ou détestons.

Par exemple:

Rien de plus naturel, lorsque nous éprouvons de l’amitié pour une personne, que de porter de l’affection à son frère, sans approfondir l’examen de son caractère. Une querelle avec une personne nous porte à détester toute sa famille, quand bien même ses membres seraient entièrement innocents de ce qui nous déplaît. On peut rencontrer partout des exemples de cette espèce.

David Hume, Traité de la nature humaine, livre II, partie II, section II

«On peut rencontrer partout des exemples de cette espèce»: encore des airs de régression à l’infini, style argumentatif dont Hume tire sa force empirique. De telles situations sont si fréquentes dans la vie courante, Hume sait que chacun·e s’y reconnaîtra et consentira à son argument: les passions débordent souvent de leur objet principal (la compassion s’étend autour de l’aimé·e, l’aversion contamine l’entourage de la personne méprisée).

Cette observation sur les passions révèle une chose: elles ont tendance à dépasser les bornes. On l’a vu, la raison n’a aucune emprise sur les passions (ou si peu). Les passions, par leur fonctionnement, ont un impact beaucoup plus large sur les humeurs et sur la bienveillance qui est portée envers autrui (un chef en colère blâmera sans vergogne ses cuisiniers pour des torts qu’ils n’ont pas commis, simplement par extension de sa passion désagréable).

Bref, les passions n’ont pas de limites, ou alors celles-ci ne sont pas visibles par un esprit raisonnable.