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Les Passions de Hume: animalité

Dans la même série: Les Passions de Hume

Hume a une intuition biologique, évolutionniste de la nature des passions chez l’être humain:

[…] il nous faut d’abord mettre en évidence la correspondance des passions chez les hommes et chez les animaux, et comprendre ensuite les causes qui produisent ces passions.

David Hume, Traité de la nature humaine, livre II, partie I, section XII

Son raisonnement procède par rapprochement, à partir de la ressemblance:

[…] les causes de ces passions sont, chez les bêtes, sensiblement les mêmes que chez nous, compte tenu toutefois de la supériorité de notre connaissance et de notre entendement. Ainsi les animaux n’ont-ils pas le sens de la vertu ou du vice; ils perdent vite de vue les relations de sang et ignorent les rapports de droit et de propriété. Pour ces raisons, les causes de leur orgueil et de leur humilité doivent se limiter strictement à leur corps et ne sauraient résider ni dans leur esprit ni dans les objets extérieurs. Mais si l’on s’en tient au corps, ce sont bien alors les mêmes qualités qui causent l’orgueil chez l’animal et dans le genre humain; c’est bien sur la beauté, la force, la rapidité ou sur toute autre qualité utile ou agréable que cette passion fonde toujours.

David Hume, Traité de la nature humaine, livre II, partie I, section XII

Hume a déjà parlé de la place importante de la composante charnelle dans la passion amoureuse. Le philosophe anglais n’hésite pas à faire appel à la filiation entre les autres animaux et le genre humain pour soutenir son observation – les êtres humains, fondamentalement animaux, sont nécessairement car matériellement poussés à suivre leurs pulsions, les sensations agréables et désagréables que leur procure leur corps, au-delà de toute rationalité (Hume a déjà fait la démonstration que les êtres humains agissent de façon profondément irrationnelle).

Il reste à se demander comment, aux yeux de Hume Hume, les plaisirs culturellement acquis (à travers la richesse des rites et l’éducation des sens, notamment) ou moralement conditionnés (on tend naturellement à préférer ce qui est vertueux) contrebalancent la composante animale chez les êtres humains.