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Les Passions de Hume: compassion et aversion

Dans la même série: Les Passions de Hume

La compassion n’est que rarement, voire jamais, ressentie sans quelque mélange de tendresse et d’amitié; et l’envie s’accompagne naturellement de colère ou de malveillance. Lorsqu’on désire le bonheur de l’autre, pour quelque motif que ce soit, on est déjà tout disposé à l’affection; se réjouir de ses malheurs engendre presque inévitablement de l‘aversion à son égard.

[…] Un partenaire est naturellement un objet d’amitié; un rival, un objet d’inimitié.

David Hume, Dissertations sur les passions, section III, §5

Hume observe des «lois naturelles» des êtres humains. Ce qu’il constate est évident, presque tautologique: nous donnons de l’affection aux personnes que l’on aime, nous repoussons les personnes que nous n’aimons pas.

Ces désirs opposés semblent être originellement et primitivement conjoints aux passions de l’amour et de la haine. Cela par une constitution de nature dont nous ne saurions pousser plus avant l’explication.

David Hume, Dissertations sur les passions, section III, §3

Ces constats sont importants pour la suite de l’étude sur les sentiments: les humains se comportent naturellement de cette façon, de manière plus ou moins inexplicable et irrationnelle; ils ne décident pas de ce qui leur fait plaisir, ils subissent directement les effets de la beauté (et de la difformité).

Ce qu’on retiendra pour la suite, c’est que nous faisons naturellement preuve de compassion envers nos partenaires (des personnes desquelles on s’entoure parce que nous les trouvons désirables, agréables); à l’inverse, nous faisons preuve d’aversion pour nos rivaux (des personnes qui convoitent les mêmes choses que nous et qui sont trop proches de nous à notre goût, suscitant alors un sentiment désagréable).