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Les Passions de Hume: vanité et irrationalité

Dans la même série: Les Passions de Hume

Comment expliquer des choses inexplicables que font les hommes, comme inventer des histoires? Par la vanité dont ils sont affectés, tout simplement:

Nous tirons vanité des aventures surprenantes, auxquelles nous avons été mêlés, des périls auxquels nous avons réchappé, des dangers que nous avons encourus, aussi volontiers que des exploits où éclatent notre vigueur et notre activité. De là vient le mensonge commun des hommes qui, même sans aucun intérêt et par pure vanité, font provision d’un tas d’événements extraordinaires sortis tout droit des fictions de leur cerveau ou, quand ces événements seraient vrais, sans aucun rapport avec leur personne. Leur invention fertile et la pourvoyeuse d’une grande variété d’aventures; et lorsqu’ils sont dépourvus de ce talent, ils s’approprient ce qui revient à autrui afin de flatter leur vanité. Car cette passion et le sentiment de plaisir sont toujours en étroite connexion.

David Hume, Dissertations sur les passions, section II, §7

Pourquoi inventer des histoires? Les êtres humains sont profondément irrationnels, Hume a bien montré cela.

En voulant à se rendre intéressants, il y a des hommes qui cherchent à rattacher à eux, par une relation de propriété, des événements qui leur conféreraient plus d’importance, car plus d’attention de la part d’autres personnes (et en particulier celles qu’ils trouvent désirables).

Mais la propriété, parce qu’elle confère la plénitude du pouvoir et de l’autorité sur son objet, est la relation qui a la plus grande influence sur ces passions.

David Hume, Dissertations sur les passions, section II, §9

Ce qui est agréable paraît tout d’un coup plus raisonnable.

C’est donc uniquement dans le but de «flatter leur orgueil» – sentiment de plaisir par excellence selon Hume – que les hommes agissent de manière aussi vaniteuse, voire mensongère – et assurément contre la raison.

C’est d’ailleurs souvent le cas en amour – puisque l’objet de l’orgueil (du plaisir) est, justement, le Moi.