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Les Passions de Hume: le deuil de la raison

Dans la même série: Les Passions de Hume

Hume vient de tempérer l’importance de ladite «raison» dans les prises de décisions. En fait, tout ce qui serait prétendument «rationnel» (ou «raisonnable») ne relèverait que de passions moins vives:

Les objets qui prétendent relever de la raison – prise dans le sens précédent [le sens commun] – sont exactement les mêmes que les objets de ce qu’on appelle passion, dès lors qu’ils se rapprochent de nous, qu’ils tirent d’autres attraits de leur situation extérieure ou de leur conformité à notre disposition interne, et qu’ils trouvent le moyen d’exciter une émotion sensible et tumultueuse.

David Hume, Dissertations sur les passions, section V, §3

D’ailleurs:

C’est l’erreur commune des métaphysiciens d’avoir attribué la direction de la volonté à l’un de ces principes exclusivement, en supposant l’inefficience de l’autre. Or, les hommes agissent souvent sciemment contre leur intérêt; ils ne se laissent donc pas influencer dans tous les cas par la vue du plus grand bien possible.

David Hume, Dissertations sur les passions, section V, §4

Double coup de poing à l’endroit des rationalistes: non seulement les premiers se tromperaient sur la nature des prises de décisions «rationnelles» (elles ne le sont pas, ce sont des passions), Hume montre par une preuve par l’absurde que les hommes, pourtant pourvus de raison, agissent de manière contradictoire. Ils violent ainsi la plus élémentaire loi de la raison, la loi de non-contradiction.

L’explication de Hume: ce sont des passions, souvent conflictuelles, qui guident commandent nos décisions.

Pourquoi l’amoureux se donne-t-il éperdument à l’aimé, parfois à ses dépens, sans l’assurance de quoi que ce soit en retour?

L’amoureux veut l’aimé parce que il est amoureux.1

L’amour n’est pas un sentiment de l’ordre de la raison. C’est une passion, parmi tant d’autres contradictoires, dont le poids décisionnel serait gravement négligé par les rationalistes et les métaphysiciens.

Hume est un observateur. Il tire des conclusions aussi simples qu’inébranlables de ce qu’il constate. Les êtres humains sont profondément irrationnels.

Mais cela ne veut pas dire que l’amour ne puisse pas être personnellement intéressé (où l’amant est le principal intéressé, voire le seul intéressé, même s’il se donne sans compter), au contraire; Hume en disserte plus loin.


  1. Sur la raison en amour, voir ce fragment du Phèdre de Platon: http://blog.sens-public.org/marcellovitalirosati/scholia/231c9-231d5.html ↩︎