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Illusion graphique

Dans son ouvrage Critical Code Studies (2020), Mark C. Marino rappelle l’illusion graphique chez le théoricien des médias Friedrich Kittler:

Anticipant les discussions d’aujourd’hui sur les «fake news» et la manipulation numérique des médias, Kittler soutient que les constructions graphiques numériques sont sujettes à une falsification à un degré qui dépasse de loin la photographie.

Mark C. Marino, 174

Si des intellectuels comme Noam Chomsky (cf. Manufacturing Consent) ont depuis longtemps dénoncé la manipulation des médias de masse, Kittler va plus loin:

La tromperie selon Kittler va au-delà de la manipulation des images produites ou éditées sur la machine et dans l’interface des systèmes d’exploitation contemporains. Kittler désigne les façons […] dont les opérations deviennent invisibles dans l’interface graphique. Le système d’exploitation présente son interface sous la forme de «fenêtres» transparentes ou d’un «bureau» en arrière-plan, même s’il s’agit d’une construction d’éléments graphiques. Ces fenêtres sont à peine transparentes puisqu’elles gardent les usagers, en particulier ceux qui ne peuvent passer au travers de ces fenêtres, subjuguées à Microsoft et Apple.

Marino enjoint ainsi les intellectuels à prendre part au débat sur la technique (qui concerne aussi la beauté):

Si la technologie ne suffit pas, qui peut intervenir? Les philosophes. En particulier, les philosophes qui veulent infléchir sur les processus pour comprendre la réalité, domaine de la phénoménologie. Les philosophes expérimentent pour comprendre la réalité. Par exemple, Kittler présente la formulation de Kant de la Beauté, la «gestalt optique», comme un «mécanisme de reconnaissance», pour ruminer sur les conditions de la représentation esthétique. […] Ainsi, dans un monde d’images idéalisées, le philosophe humain doit répondre à l’appel du devoir.

Mark C. Marino, 175

Dans une société de plus en plus sous le joug de l’architecture informationnelle, Marino nous rappelle qu’il y a urgence de comprendre le code qui se cache derrière les interfaces polissées, de ne pas nous fier aux simples apparences.

Les philosophes ont toujours été préoccupés par la vérité, les mirages technologiques ne doivent pas faire exception.