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Machines, métaphores humaines

Quelle place accorder aux machines en société?

L’utilisation des machines a radicalement transformé la nature de l’activité productive et a laissé sa marque dans l’imagination, les pensées et les sentiments humains à travers les époques. Des scientifiques ont produit des interprétations mécanistes du monde naturel; des philosophes et des psychologues ont articulé des théories mécanistes de l’esprit et le comportement humain. De plus en plus, nous avons appris à utiliser les machines comme métaphores pour nous-mêmes et notre société et de mouler notre monde en accord avec les principes mécanistes.

(Gareth Morgan, Images of Organization)

Quels sont les dangers du paradigme largement répandu de l’efficience machine?

Morgan note que les organisations structurées mécaniquement – des bureaucraties – souffrent de leurs fortes rigidités: insouciance et absence d’empathie, incontestabilité, difficulté d’adaptation, déshumanisation.

Quand tout est réglé comme une machine à l’usine, la performance et l’efficience peuvent être améliorées jusqu’à atteindre un «stade optimal»; mais cette forme d’optimisation mérite-t-elle d’être dépassée, voire rétrogradée, au profit de valeurs plus humaines?

Faisant suite aux échecs sociaux de l’automatisation corporative et institutionnelle, Shoshana Zuboff nous prévient des conséquences entraînées par le déploiement programmatique des architectures instrumentarianistes à grande échelle:

Cette «septième extinction» n’en sera pas une de la nature mais de ce qui a été considéré de plus précieux dans la nature humaine: la volition de sa propre volonté, le caractère sacré de l’individu, les liaisons de l’intime, la sociabilité qui nous lie par tissus de promesses, et la confiance qui en découle. La mort lente de cet avenir humain sera tout aussi involontaire que n’importe quelle autre fatalité.

(Shoshana Zuboff, The Age of Surveillance Capitalism)

Nous ne nous rendrons pas; nous ne soumettrons pas notre humanité à l’existence des machines. Laissez-nous hacker le programme qu’un deus ex machina souriant – mais non amical – a tissé autour de nous; nous nous libérons ainsi du comportement par lequel les détenteurs de pouvoir exercent leur contrôle sur nous.